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Risque de change et risque de taux : ce que tout trésorier ivoirien doit savoir après la réforme BCEAO de 2025

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Beaucoup de dirigeants de PME ivoiriennes pensent, à tort, être à l'abri du risque de change parce que le franc CFA est arrimé à l'euro. C'est vrai pour les opérations en euros — mais faux dès que l'entreprise importe, exporte ou emprunte en dollars, en yuan ou dans toute autre devise hors zone euro, ce qui concerne une part croissante du commerce extérieur ivoirien. À cela s'ajoute un changement réglementaire majeur : depuis août 2025, la BCEAO a publié une nouvelle série d'instructions qui redéfinit les obligations de couverture du risque de change et de rapatriement des recettes d'exportation. Cet article fait le point, pour le trésorier et le DAF, sur les risques financiers à couvrir et sur le cadre réglementaire applicable en 2026.

1. Ce que recouvre réellement le « risque de change » en zone UEMOA

Le franc CFA de l'UEMOA est arrimé à l'euro à parité fixe, garantie par le compte d'opérations logé auprès du Trésor français. Cette parité fixe supprime effectivement le risque de change pour toute transaction libellée en euros. Mais elle ne protège en rien l'entreprise qui facture, achète ou emprunte en dollar américain, en livre sterling, en yuan ou dans toute autre devise dont le cours fluctue librement par rapport à l'euro — et donc par rapport au FCFA. Une entreprise ivoirienne qui importe des équipements facturés en dollars, ou qui exporte du cacao, du coton, de l'anacarde ou de l'or dont le règlement intervient parfois en devises hors zone euro, reste pleinement exposée.

On distingue classiquement trois formes de risque de change :

  • Le risque de change transactionnel : celui qui naît d'une transaction commerciale ou financière précise (une facture d'achat ou de vente en devise), entre la date de l'engagement et la date de règlement effectif.
  • Le risque de conversion patrimonial : celui qui résulte de la détention d'un actif à l'étranger dont la contre-valeur en monnaie de référence varie au bilan.
  • Le risque de change économique : l'exposition de la compétitivité globale de l'entreprise aux mouvements de change, indépendamment d'une transaction précise.

À ces risques s'ajoute le risque de taux d'intérêt, qui affecte les entreprises ayant contracté un emprunt à taux variable ou disposant de placements dont le rendement dépend de l'évolution des taux du marché monétaire régional.

2. Le tournant réglementaire de 2025-2026 : ce qui a changé pour les entreprises ivoiriennes

Le 1er août 2025, la BCEAO a publié une série de nouvelles instructions d'application du Règlement n° 06/2024/CM/UEMOA du 20 décembre 2024 relatif aux relations financières extérieures des États membres de l'UEMOA, qui remplace le dispositif antérieur (dont l'instruction n° 04/07/2011/RFE). Parmi ces textes, l'Instruction n° 05/07/2025/RFE régit spécifiquement la couverture du risque de change et du risque de prix par les résidents sur les opérations commerciales et financières avec l'étranger, tandis que d'autres instructions de la même série encadrent la domiciliation des exportations, le rapatriement des devises et le négoce international de biens.

Le changement le plus concret pour les entreprises exportatrices tient au régime de rapatriement des recettes d'exportation. Sous le nouveau règlement, l'exportateur doit encaisser et rapatrier l'intégralité (100 %) des recettes issues des ventes à l'étranger via une banque établie dans l'UEMOA, la banque devant ensuite céder à la BCEAO au moins 80 % des devises reçues. Cette obligation de rapatriement intégral, renforcée par rapport au dispositif précédent, répond à un constat chiffré par la BCEAO elle-même : seulement 74 % environ des recettes d'exportations hors de l'Union avaient été effectivement rapatriées en 2023, avec un manque à gagner en devises estimé à plusieurs milliers de milliards de FCFA sur la période 2022-2023. Pour les exportations de biens et services à destination de pays hors UEMOA, la domiciliation auprès d'un intermédiaire agréé est en principe requise dès lors que le montant de l'opération dépasse un seuil fixé par la réglementation.

Lecture du consultant : ce durcissement change directement la manière dont un trésorier doit organiser ses opérations en devises. Il ne s'agit plus seulement d'une question de gestion financière interne : le respect des délais et des modalités de domiciliation et de rapatriement conditionne désormais la régularité de l'opération elle-même vis-à-vis de la réglementation des changes. Toute entreprise réalisant des opérations d'exportation ou d'importation significatives hors zone UEMOA devrait, à ce stade, faire revalider par sa banque domiciliataire le circuit précis applicable à ses opérations, les textes d'application (notamment sur les seuils et pièces justificatives exigées) continuant d'être précisés par la BCEAO courant 2025-2026.

3. Les instruments de couverture disponibles pour l'entreprise

3.1 Les techniques internes, sans recours au marché

  • Le choix de la devise de facturation : facturer autant que possible en FCFA ou en euro pour transférer le risque de change au partenaire commercial, lorsque le rapport de force commercial le permet.
  • La compensation des positions de change opposées (netting) : domicilier sur un même compte en devise les encaissements et décaissements dans cette devise, afin de ne couvrir que la position nette et de réduire le recours au marché des changes ainsi que les frais de spread et de commissions.
  • Le termaillage : anticiper ou retarder un encaissement ou un décaissement en devise selon l'anticipation d'évolution du cours — anticiper un paiement dans une devise qui devrait s'apprécier, le retarder dans une devise qui devrait se déprécier, et inversement pour un encaissement.

3.2 Les techniques externes, avec l'appui de la banque

  • L'achat ou la vente à terme de devises : fixer aujourd'hui le cours d'une opération future, ce qui garantit le taux de marge commerciale prévu au moment de la facturation.
  • L'avance en devise export : pour un exportateur, emprunter immédiatement dans la devise de facturation un montant qui, majoré des intérêts, correspondra à la créance à encaisser ; l'emprunt est converti en FCFA dès sa mise en place, ce qui neutralise le risque de change sur la durée du crédit client.
  • Les options de change et les swaps de change, produits proposés par les banques de la place pour les entreprises dont le volume d'opérations en devises justifie ce type de couverture.

Sous le nouveau cadre BCEAO, ces opérations de couverture — qu'elles portent sur le risque de change ou sur le risque de prix — doivent elles-mêmes s'inscrire dans le régime fixé par l'Instruction n° 05/07/2025/RFE, ce qui suppose, là encore, une validation préalable avec la banque intermédiaire agréée avant toute mise en place.

4. Illustration : l'impact d'une absence de couverture

Un exemple pédagogique classique permet de mesurer l'enjeu : une entreprise facture 100 000 unités de sa monnaie de référence à un client réglé en devise étrangère, avec un taux de marge prévu de 20 %. Si le cours de cette devise se déprécie de manière significative entre la date de facturation et la date d'encaissement — plusieurs mois plus tard — la perte de change peut absorber une part très importante, parfois la quasi-totalité, de la marge commerciale initialement prévue sur l'opération. C'est précisément ce risque que visent à neutraliser les techniques de couverture décrites ci-dessus, dès lors que le service commercial informe systématiquement le trésorier de toute transaction significative en devise — un maillon souvent négligé dans les PME où la fonction commerciale et la fonction financière communiquent peu.

Checklist pour le trésorier exposé au risque de change

  • Recenser l'ensemble des flux en devises hors zone euro (achats, ventes, emprunts) sur les douze derniers mois.
  • Vérifier, avec la banque domiciliataire, le circuit de domiciliation et de rapatriement applicable depuis la réforme BCEAO de 2025.
  • Instaurer une procédure interne obligeant le service commercial à informer le trésorier de toute facturation significative en devise, avant l'émission de la facture.
  • Évaluer, pour les opérations récurrentes, la pertinence d'une couverture systématique (achat/vente à terme, avance en devise) plutôt qu'une gestion au coup par coup.
  • Suivre les publications de la BCEAO (bceao.int, rubrique réglementations) pour les précisions attendues sur les modalités d'application des instructions de la série RFE 2025.

À retenir

  • La parité fixe FCFA/euro protège contre le risque de change sur les opérations en euros, mais pas sur les opérations en dollar, en livre ou dans toute autre devise hors zone euro.
  • Depuis le règlement UEMOA du 20 décembre 2024 et les instructions BCEAO du 1er août 2025, les exportateurs sont soumis à une obligation renforcée de rapatriement intégral des recettes d'exportation, avec cession d'au moins 80 % des devises à la BCEAO par la banque intermédiaire.
  • La couverture du risque de change des résidents est désormais encadrée par un texte dédié (Instruction n° 05/07/2025/RFE), qui doit être articulé avec les techniques de couverture classiques (netting, termaillage, achat/vente à terme, avance en devise).
  • Le cadre d'application continue d'être précisé par la BCEAO : toute opération significative en devise mérite une validation préalable avec la banque intermédiaire agréée.
Le présent article a une vocation pédagogique et ne constitue pas un conseil financier, réglementaire ou juridique individualisé. La réglementation des relations financières extérieures de l'UEMOA a fait l'objet d'une réforme substantielle en 2024-2025 et ses textes d'application continuent d'être précisés par la BCEAO : les seuils, délais et modalités pratiques mentionnés dans cet article doivent être vérifiés auprès de votre banque intermédiaire agréée ou d'un conseil spécialisé avant toute opération en devise.

Brice A. Legret

Spécialiste Gestion et Finance d'entreprise

Publié le 31/08/2026